L'exigence de la gentillesse

Publié le par Paul Bonhomme

L'exigence de la gentillesse

"Il est temps pour nous de pleurer maintenant, de pleurer jusqu'à l'écoeurement, jusqu'à ce que nos larmes cumulées se rejoignent et emportent en torrent l'intolérance.

Peut-être qu'une horreur apportée dans nos vies pourrait changer le monde ?

Peut-être que la douleur vive, universelle, pourrait changer le monde ?

Mais peut-être avons-nous, au tout début de l'horreur, commis une erreur ... et peut-être une autre, une suite "d'erreurs-horreurs" sans mesure, posées comme autant de cailloux au fond de nos poches. De coupables cailloux, tachés par la rouille du mensonge et du sang.

Peut-être une petite flemme d'intolérance, ou deux ou trois, utilisées sans vergogne : ne plus tendre la main, ne plus prendre le temps d'y déposer une pièce, ne plus regarder l'Homme à terre, ne même plus vouloir regarder l'autre, le différent, détourner le regard parce que la certitude de la Croyance est bien moins douloureuse que l'effort de la compréhension.

Même, avoir honte de l'autre qui gît en nous, détourner le regard du miroir, se recroqueviller asséché jusqu'au coeur. Jusqu'à ce que, ce qui reste de NOUS ne se réduise qu'à trois petites lettres minuscules : moi.

Nous avons été trop loin, nous le savons depuis longtemps, jusqu'au bout de notre "déshumanité". Nous avons joué avec nos paroxysmes jusqu'à l'abominable.

Qu'allons nous faire à présent que le constat est posé, que l'horreur c'est insinué dans nos veines jusqu'à l'agonie ?

Nos valeurs sont tombées comme ces cadavres, assassinés par manque de courage.

Nous reprocherons tout au monde, parce qu'il en est ainsi, c'est notre manière de nous protéger. Nous oublierons sûrement de regarder notre culpabilité et nos égoïsmes. Ou si peu.

Pour autant avons-nous réellement besoin de nous demander encore pourquoi ?

Qu'avons-nous fait de notre solidarité, de notre fraternité, de notre tolérance ? Sommes-nous encore capable d'empathie ? Ne sommes nous pas tous un peu coupable d'avoir, un jour ou l'autre, mépriser l'altérité ? Moi même, je n'en suis pas sûr.

Il est temps pour nous de pleurer maintenant, de pleurer jusqu'à l'écoeurement, jusqu'à ce que nos larmes cumulées se rejoignent et emportent en torrent l'intolérance. Il est temps de crever l'abcès de l'excès d'individualisme et de relever nos têtes, lourdes d'indifférence. Il est grand temps de retrouver en nous le courage de l'autre, de son regard, et d'y découvrir toute la beauté du monde.

Il est temps de réduire au silence le profit de l'égoïsme et d'enfin ériger en dogme universel l'exigence de la gentillesse.

Nous parlons de guerre alors qu'il nous faudrait être en paix, nous parlons de gagner alors qu'il nous faudrait apprendre à donner.

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