La difficulté du choix

Publié le par Your.mountains

Lundi 06 avril 2009, vers 15h00, l'hélico de la Polizei Autrichienne tourne autour de nous depuis un bon quart d'heure me laissant dans l'expectative: que se passe-t-il ?
J'ai peur, une trouille qui monte, qui m'envahit. Certes, je sais que le bout de plaque que nous avons fait tomber il y a une heure n'a pas pu aller bien loin, mais voilà, pourquoi la police est-elle là, logiquement, ce ne peut être que parce qu'il y a eu un incident. Même si logiquement, tous mes choix se tiennent, quelque chose m'échappe alors que, skis sur l'épaule nous descendons péniblement dans cette forêt dense au-dessus de Galtür: rien ne peut expliquer la présence de cet hélico si ce n'est l'accident ! 
Au bas de la pente, on m'attend. Et ma peur augmente: qu'ai-je fais ?
Rien.
Des gens nous avaient suivi à la jumelle, ils nous avaient vu monter et descendre, tous ensemble. Ils avaient ensuite appelé la police pour nous faire comprendre que nous avions fait une erreur, ils nous reprochaient, me reprochait (je suis guide et responsable) d'avoir été là-haut.
Depuis, j'ai beau retourner le déroulement de la journée dans tous les sens, je ne vois pas mon erreur.
Comme d'habitude, j'avais évalué les risques un par un, un pas après l'autre.
Mes choix avaient tous été lourdement pesés, certes il faisait chaud, très chaud, c'est pour cela que j'avais choisi la forêt, plus fraîche et moins fournie en neige, ensuite, sur la croupe, un petit vent frais avait durcit la neige et nous avions évolué sur une neige qui portait. Après le déjeuner, j'avais juste essayé de voir si il n'était pas possible de descendre sur des pentes moins difficiles à skier tout en sachant que, avec la chaleur, cela allait être délicat. Nous étions au-dessus d'une ancienne grosse fracture, sur une pente assez douce lorsque mes pas ont commencé à s'enfoncer un peu plus, et c'est là que la lèvre supérieure de la fracture est partie, je savais où nous étions et j'avais pleinement conscience de cette éventualité qui n'impliquait pas un risque majeur pour nous. Cependant, comme d'habitude, ce genre d'évènements m'alerte très rapidement et confirment mes doutes éventuels du coup, demi-tour et descente par la trace de montée même si je sentais déjà que cela n'allait pas être que du plaisir.
Quelques beaux virages plus tard, et après avoir déchaussé pour éviter la blessure, l'hélico tournait autour de nous.
Parce que quelqu'un avait estimé que nous n'avions rien à faire là-haut!

Et voilà que nous touchons à la partie la plus délicate de notre activité: le choix.
Lorsque survient une avalanche, ou un accident, nous ne pouvons pas nous empêcher d'émettre une opinion. Et c'est normal.
Cependant, pour pouvoir critiquer une attitude, il faudrait l'avoir vécue. Aux jumelles, ou dans les pages d'un journal, nous sommes dans l'incapacité de savoir, connaitre ce qui se passe là-haut, la qualité de la neige, la visibilité, le pourquoi du choix.      
Alors, par respect pour ceux qui restent, les proches ou les autres professionnels, abstenons-nous.
Ou sinon, sortons nos jumelles et, à chaque fois que nous estimons (à torts ou à raison) que d'autres courent un risque, appelons l'hélico!
Ce lundi, je n'étais pas monté pour faire plaisir à mes clients, mais pour connaitre leur niveau physique et technique, je ne m'étais pas fixé un objectif géographique, je montais en fonction de la qualité de la neige, je me suis arrêté lorsque j'ai estimé que le fait de continuer était inutile et potentiellement dangereux.

De retour à la maison, plusieurs informations arrivent: des avalanches mortelles ont eu lieu dans le Tyrol le 05 et le 06 avril. Je ne sais pas ce qui c'est passé, il faisait chaud, très chaud, il fallait peser chacun de ses choix, je pense avoir fait les bons, d'autres n'ont pas pensé comme moi, parce qu'ils savaient déjà que les conditions pouvaient être dangereuses. Ce qu'ils ne savaient pas c'est que mes choix étaient dirigés par cette conscience de la dangerosité potentielle. 

Ce lundi, il n'y a pas eu d'erreur, juste de la peur, une appréhension logique et sereine.
Cependant, au lieu de crier au loup, il faudrait un peu plus de confiance et de respect en l'autre et en ces choix. 

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Vero 04/11/2009 23:01


Voilà que je me promène sur ton blog et que je tombe sur cet article... Continue à être vigilent, les sens aux aguets, serein, droit dans tes bottes... continue à être toi !