Un instant d'éternité.

Publié le par Paul Bonhomme

Face nord de Chauvet, le 4 juin 2010...

 

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Un piolet à la main, je m'avance dans l'immense entonnoir de la face nord, face à moi, la Font Sancte, derrière à gauche je peux voir les Ecrins, plus à droite le Mont Blanc, plus à droite encore, le Mont rose. De l'autre coté, il y avait le Brec de Chambeyron et le Viso. Le regard porte aussi loin que me le permette mes yeux ... sur toutes les Alpes.

 

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Alain au sommet du couloir.

 

Quelques mètres plus bas j'entend mon coeur battre, mon souffle se calme, je range le piolet sur l'épaule et me prépare à enclencher le premier virage. 

 

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Juste avant d'enclencher le premier virage.

 

Je ne sais pas, peut-être est-ce la première fois que cette face voit des skis, peut-être suis-je en train de faire les premières traces sur une pente vierge.

Une pente entre 50° et 55°, je ne sais pas, raide en tous cas, très raide.

Je ne pense pas à tout ça, je me concentre, un appui sur ma jambe amont et me voilà en l'air... une fraction de seconde, comme une éternité. Mon esprit est déjà ailleurs, mon regard vers le bas, je suis déjà en train d'atterrir.

Une éternité, un instant d'éternité...

 

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Sur le bloc, coincé au milieu de la face, on s'apprête à descendre une dizaine de mètres en rappel.

 

Il n'y a pas d'extrême ici, nous sommes 4 amis dans cette face Nord, à partager un bout d'éternité.

Serions nous fous ?

 

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Le passage du bloc coincé à la montée... les skis sur le dos.

 

Je ne pense pas, tous nos sens sont en éveil, la concentration est palpable, le bonheur aussi, à part le crissement des carres de nos skis sur la neige dure il n'existe aucun son.

Nous sommes loin au-dessus de la réalité, nous sommes les deux pieds ancrés dans la vie, nous sommes obligés d'avoir nos pieds ancrés dans la vie, obligés aussi de nous envoler à chaque virage, de nous engager dans cette face nord, les pieds dans le vide, une fraction de seconde, mais tous nos sens sont alors tendus vers un unique but: le retour au sol.

Comme si, à chaque virage, la boucle se bouclait, décoller pour mieux atterrir, rêver pour mieux avancer, s'en aller loin, une fraction de seconde, pour mieux revenir... les pieds ancrés à cette terre qui nous retient, qui nous relie, qui nous uni.

 

 

Mais dès lors que nous nous réveillons tous, chaque matin de nos vies, n'est-ce pas ce que nous faisons ?

Nos têtes pleines de rêves, dès lors que nous posons notre pied au sol, chaque matin, ne rentrons-nous pas tout à coup de plein pied dans nos vies ?

Ce que nous vivons là-haut n'est pas plus extrême, peut-être un peu plus intense, plus dense ... et encore, il suffit de se rendre compte, au volant de sa voiture, que la faute n'est pas permise pour savoir que la marge est mince, que chaque jour est semblable à ces virages...

... que nous vivons tous un instant d'éternité... 

 

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Sous le regard de la saxifrage...

 

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François et Nico dans la partie supérieure du couloir.

 

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François arrive au sommet, salué par Alain.

 

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 Les écrins en toile de fond.

 

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C'est au tour d'Alain d'enclencher le premier virage ...

 

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A la poursuite de son ombre.

 

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Cela parait étrange, mais c'est bien comme ça qu'il faut skier dans du raide béton !!!

 

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L'arrivée au bloc coincé, après 300 m à 50° de moyenne, la fin des difficultés.

 

 

Merci à François Meyer, Alain Auclair, Nicolas Brun, pour avoir cru en cette idée !

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sandra 15/06/2010 18:01



Waouhh !!! Je suis scotchée !!!


 



Nico 09/06/2010 10:42



Salut Paul, Namaste !


... un instant d'éternité, c'est vrai, l'instant c'est ce bonheur simple, le bonheur d'être là dans ces montagnes les skis aux pieds ou non, d'avoir cru en ces projets et d'avoir pu les finaliser
à notre façon, que ce soit à Maravoise, au Chaberton, à Rochebrune, ou lors de cette dernière découverte en Ubaye... Alors ces instants durent, ... à la montée, à la descente, à l'arrêt, dans la
voiture au retour... Quel bonheur de pouvoir s'exclaffer dix fois par jour, même à quelques encablures de la maison: "putain que c'est beau,...", et quelle chance de pouvoir partager ces instants
le plus facilement et le plus simplement du monde au gré des rencontres.


Alors "être envie...", pour "l'éternité", me conviendrait bien pour résumer ces petits périples qui en appellent d'autres (là ils y en a peut-être quelques unes qui vont couiner !..).


Merci pour ces beux moments, et à bientôt sur le rocher.


Nico



seb 05/06/2010 10:59



merci Paul...


ça me rappelle que finalement je prends chaques jours beaucoup plus de risques qu'en montagne, mais pour si peu de sens profond....


Du sauvage Paul.... faudra du sauvage....