Le caillou au fond de la chaussure ...

Publié le par Paul Bonhomme

21 août 2013, Kilian Jornet réalise l’ascension et la descente du Cervin en  2 heures 52 minutes, 09 octobre 2013, Ueli Steck réalise l’ascension de la face sud de l’Annapurna en 28 heures,  20 mars 2014, Alain Robert réalise en solo intégral l’ascension de la tour Total de la défense en un peu moins d’une heure …  3 exploits, 3 réalisations incroyables. Ces ascensions, qui n’ont que peu de choses à voir entre elles, sont pourtant toutes issues de près ou de loin d’une même passion pour la montagne et sont toutes relayées par l’ensemble des médias, spécialisés ou non en référence à la montagne et à l’alpinisme.

Le respect s’impose pour ceux qui les ont réalisé comme une évidence. Parce que nous n’avons pas les mêmes capacités qu’eux, parce que nous n’avons pas la même volonté et que nous ne sommes certainement pas capable de faire les mêmes concessions qu’eux.

 

S’il n’y a pas lieu de comparer ces ascensions, des questions se posent : qu’ont-elles à nous dire ? Quelles images véhiculent-elles auprès du grand public, auprès des pratiquants de la montagne ?

 

Nous sommes loin des « Conquérants de l’inutile » cher à Terray, nous le savons, il  nous faut pourtant dépasser les polémiques ou les jalousies stériles : ce que ces personnes réalisent est indéniablement difficile.

 

Alors, lorsque nous préparons notre sac la veille ou le matin avant de partir à la conquête de notre inutile, que faisons nous de tout cela ?

Ces personnes sont-elles des modèles à suivre ? Allons-nous essayer d’aller aussi vite qu’elles ? Avons-nous envie de nous exposer autant qu’elles ? Leurs exploits sont-ils des références semées sur notre parcours ? …

Posons-nous un baiser sur la joue de celui ou de celle qui reste et qui nous dit : « Passe une bonne journée ! » ?

 

Ce serait tellement simple à comprendre, à vendre, à expliquer, si la montagne était truffée de jalons à passer, de couloirs à ne pas dépasser et que sur chaque sommet soit érigé, comme autant de points de repères, des lignes d’arrivée.

Mais ce n’est pas possible.

 

Dès lors que faire ? Si le chronomètre ne suffit pas à expliquer ce que nous faisons là-haut, que l’architecture n’est pas notre passion et que nous avons compris depuis longtemps qu’on ne montera jamais assez haut pour fuir efficacement notre quotidien, qu’avons-nous d’autre à dire ?

 

La question est posée, comme un caillou au fond de la chaussure …

 

Souvenons-nous juste que les exploits sont hélas souvent aussi fugaces que la vie de ceux qui les réalisent et que seuls restent gravés en mémoire les mots des hommes qui les ont réalisés.

 

« On ne fait pas de l’alpinisme par obligation, on le fait par amour » Patrick Bérhault.

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lauzerte 17/04/2014 21:50


Excellente analyse, je partage l'idée qu'aujourdhui pour vivre il faut reprendre le temps de vivre, la montagne est une respiration et non un chrono, mais mes envies ne sont pas les leurs,
simplement le plaisir de partager une course, un lever de soleil, une nuit étoilée.

Guillaume 15/04/2014 09:10


Moi aussi, je suis admiratif, même si j'ai un petit faible pour l'exploit d'Ueli Steck... D'ailleurs son bouquin "Speed", où il raconte sa trilogie de records est très bien. J'ai aussi écrit une
poignée de réflexions suite à son ascension de l'Annapurna : http://snovae.free.fr/spip.php?article496

montcalm 15/04/2014 07:14


Même si le sanctuaire est transformé en stade ,


je n'en demeure pas moins admiratif par ces exploits !


Bravo pour votre blog .


Amitiés montagnardes

Guillaume 14/04/2014 09:39


Ce n'est peut-être pas possible, mais ce n'est surtout « souhaitable » : il ne manquerait plus que la montagne soit érigée de « jalons » comme dans un stade ! Les courses de ski-alpinisme s'en
rapprochent pourtant dangereusement. Jusqu'où ira-t-on dans cette "normalisation" aseptisée de la montagne ?